La Tradition juive a coutume d’appeler le jour anniversaire de la disparition d’un Tsadik (Juste) la Histalkout. La langue sainte est une langue précise et le terme Histalkout induit bien cette notion d’élévation. La Histalkout n’est pas une disparition mais bien une élévation.
Car il faut bien le rappeler : la mort n’existe pas, du moins pas selon l’acception la plus répandue. Il est bon de préciser que la fin de la vie terrestre n’est que le passage à un stade plus élevé, libéré des limites et des contraintes spatio-temporelles.
Ainsi, de la même manière, la Tradition Juive affirme que Yaacov notre père n’est pas mort ou que Rabbi Yéhouda Hanassi, appelé Rabbi, compilateur de la Michna (Loi orale) revenait chaque Chabat acquitter sa famille du Kidouch, ou plus récemment encore certains rabbins célèbres étaient dits "Lo met" (pas mort) comme le fameux rabbin de Tunisie : Rav Haï Taïeb "Lo met".
Il est écrit dans le Zohar que "lorsqu’un Juste s’éteint, sa présence se ressent dans tous les mondes, davantage encore que de son vivant".
Cette sentence vient quelque peu atténuer le paradoxe qui anime des milliers de personnes à travers le monde. D’une part, la douleur incommensurable de la perte physique d’un maître et d’un guide aussi précieux, aussi salutaire dans la vie collective et privée de tant de personnes, d’autre part l’incroyable présence du Rabbi aujourd’hui. L’enseignement, les valeurs, les actions ou les secours prodigués par le Rabbi sont chaque jour relevés. Alors quoi ?
Comment comprendre cette "absence présence" si complexe ?
En fait, affirme le Zohar, Livre de la Splendeur, ouvrage majeur de Kabbale écrit par Rabbi Shimon Bar Yohaï, lorsque le Juste était présent physiquement ici-bas, les attributs qui faisaient sa grandeur étaient confinés dans un corps, lui-même dépendant de l’espace. Ainsi, ses disciples ne pouvaient-ils percevoir qu’une partie de cette sainteté. Désormais, tous ceux qui sont attachés à lui peuvent puiser de son esprit qui se trouve au Gan Eden, car désormais cette sainteté n’est plus limitée. Dés lors, chaque personne, en fonction du degré d’attachement au Juste, perçoit une parcelle de cette sainteté. Ainsi en est-il à propos de Moshé, dont l’âme irradie les âmes de son peuple, éternellement, comme les étoiles se font le relais de la lumière du soleil.
De même en va-t-il du dernier Rabbi de Loubavitch, Moshé de sa génération.
Il y a par conséquent, une double implication possible de la disparition d’un être cher en général, d’un Juste en particulier.
Du point de vue du Juste lui-même, son élévation se poursuit, "mé Haïl el Haïl", d’étape en étape. Du point de vue, de tous ceux qui lui restent attachés, cette date est l’occasion de se rapprocher davantage de Dieu. En effet, au-delà des sentiments de tristesse, voire de révolte devant la disparition d’un être aimé, l’homme doit en profiter pour réaliser une vraie prise de conscience : c’est un moment propice pour mieux comprendre la chance offerte à l’âme de retourner à sa source. Ce retour aux sources pour la personne qui reste vivante, c’est cette notion de Teshouva.
Avant de quitter ce monde, le Rabbi Rachab, qui fut l’un des maîtres de la dynastie Loubavitch, dit "Je me rends dans les cieux, mais je vous laisse mes manuscrits". Le Juste signifiait ainsi que l’essence de sa personnalité restait dans son enseignement. Lorsque ses enseignements sont profondément étudiés ici bas, chacun peut véritablement révéler la présence de son maître.
S’opère alors une double élévation : celle du maître et celle de l’élève.
C’est tout le sens d’une Hilloula.